Partie 4 — Phase 1 : les compétences de base à installer d'abord

On ne demande jamais à un chien de réussir un examen qu'on ne lui a pas appris. Avant de le confronter au moindre déclencheur, on construit une boîte à outils de comportements, d'abord à la maison sans distraction, puis dans le jardin, puis dans des lieux calmes.
Chacun s'apprend en séances très courtes (2 à 5 minutes), plusieurs fois par jour, dans la bonne humeur. Comptez 1 à 3 semaines pour avoir des bases solides ; ces compétences continueront de se renforcer tout au long du protocole.

4.1 Charger le marqueur

✓ But : que le clic (ou le mot « oui ! ») annonce une friandise.
✓ Comment : dans le calme, cliquez → donnez une friandise. Répétez 15–20 fois, plusieurs sessions, jusqu'à ce qu'au clic votre chien tourne aussitôt la tête vers votre main. C'est la brique de base de tout le reste.

4.2 Le contact au nom (« focus »)

✓ But : que le prénom du chien = « regarde‑moi, du bon arrive ».
✓Comment : dites le prénom une seule fois ; dès qu'il vous regarde, marquez (clic/« oui ») et récompensez. Augmentez la difficulté : quand il regarde ailleurs, quand il y a un petit bruit, etc. Ne répétez jamais le nom en boucle : un seul appel, sinon le nom perd sa valeur.

4.3 Le « regarde‑moi » (contact visuel volontaire)

✓ But : un contact visuel prolongé sur demande, et surtout spontané en présence de distractions.
✓ Comment : présentez une friandise près de vos yeux, marquez le regard, récompensez. Puis attendez que le chien vous offre le regard de lui‑même, et "jackpotez" (plusieurs friandises). Ce « check‑in » spontané est en or : plus tard, croiser un vélo deviendra le signal pour venir vous regarder.

4.4 Le cible‑main (« touch »)

✓ But : le chien vient toucher votre paume avec sa truffe.
✓ Comment : présentez votre main ouverte à quelques centimètres de sa truffe ; à l'instant où il la touche, marquez et récompensez. Le « touch » est un formidable outil de réorientation : en situation, un « touch ! » enthousiaste peut détacher le chien d'une cible et le remettre en mouvement vers vous.

4.5 Le « cherche » / éparpillé au sol (find‑it)

✓ But : sur le mot « cherche », le chien met la truffe au sol pour trouver des friandises éparpillées.
✓Comment : dites « cherche » et lancez 3–4 friandises au sol devant lui. Répétez jusqu'à ce que le mot seul déclenche le reniflement. Pourquoi c'est précieux : renifler fait baisser l'excitation (activité apaisante) et détourne les yeux de la cible. C'est votre bouton « désamorçage » d'urgence quand un déclencheur apparaît à distance correcte.

4.6 Le demi‑tour d'urgence

✓ But : sur un signal (« on y va ! » enjoué), le chien fait volte‑face avec vous et s'éloigne joyeusement du déclencheur.
✓ Comment : en marchant, dites votre signal d'une voix gaie, tournez à 180° en guidant avec une friandise au niveau de sa truffe, puis récompensez généreusement une fois lancés dans l'autre sens. Répétez sans déclencheur jusqu'à ce que ce soit un réflexe fun. C'est l'une des manoeuvres les plus utiles au monde pour un chien qui poursuit : elle vous sort de n'importe quelle situation qui se durcit, sans conflit. (Les éducateurs francophones en font, à juste titre, un incontournable de la « boîte à outils du chien réactif ».)

4.7 Le rappel d'urgence (le « mot magique »)

✓ But : un mot unique, différent du rappel courant, qui veut dire « reviens tout de suite, c'est la fête absolue ».
✓ Comment : choisissez un mot que vous n'utilisez jamais (« ici ! », « vite ! », un sifflet…). Chargez‑le à la maison : mot → jackpot exceptionnel (10 secondes de poulet, ou un jeu de tir à la corde adoré). Le rappel d'urgence doit toujours payer énormément et ne jamais être « gâché » sur des situations perdues d'avance (on ne le crie pas quand le chien est déjà en pleine course — il n'entendrait pas, et le mot s'userait). On le construit d'abord facile, puis on augmente très progressivement les distractions. À un an, ce sera un chantier de plusieurs semaines : c'est normal.

Important : tant que le rappel d'urgence n'est pas fiable à près de 100 % face à de vraies distractions, le chien reste en longe près des déclencheurs. Le rappel est un outil de sécurité de plus, pas un feu vert pour lâcher le chien trop tôt.

4.8 Conditionner la muselière‑panier (en parallèle)

✓ But : que le chien adore mettre son nez dans la muselière.
✓ Comment (progressif, sur plusieurs jours) :

  1. Friandise donnée à travers/dans la muselière ;
  2. Il met le nez seul pour manger dedans ;
  3. On maintient le nez dedans une seconde en nourrissant ;
  4. On clipse une seconde, puis on retire, en nourrissant ;
  5. On augmente la durée, puis on ajoute le mouvement.

Allez au rythme du chien, sans jamais forcer (ressources fiables : The Muzzle Up! Project et Veterinary Partner / VIN). Une muselière bien acceptée est un cadeau de liberté : elle rend possibles des sorties et des exercices que l'on n'oserait pas sans elle.

4.9 Un ou deux jeux d'auto‑contrôle (bonus très utile)

Puisque l'impulsivité est au coeur du problème, entraînez les « auto‑contrôles » avec des mini‑jeux : « tu attends que je pose la gamelle », « laisse » / « c'est à moi » (le chien renonce à un objet et est payé pour ça), « assis avant d'obtenir » (rien de ce qu'il veut — porte qui s'ouvre, jouet lancé — n'arrive sans un petit auto‑contrôle). Ces jeux musclent, dans le calme, exactement le « frein » qui manque en situation.

Critère pour passer à la suite : votre chien répond au marqueur, vous offre du contact visuel, connaît « cherche », amorce le demi‑tour avec plaisir et revient sur le rappel d'urgence dans un environnement peu distrayant. Vous n'avez pas besoin de la perfection — vous avez besoin de fondations fiables au calme. On ajoutera la difficulté (les déclencheurs) dans la partie suivante.

Partie 5 — Le protocole de contre‑conditionnement, étape par étape

Protocole de contre conditionnement étape par étape


Voici le coeur du travail. Il s'organise en phases qui se chevauchent : la gestion (Phase 0) et les fondations (Phase 1) continuent pendant tout le reste. Ne passez à la phase suivante que lorsque la précédente est fluide et facile pour votre chien. En cas de doute, restez plus longtemps sur une phase : on ne « perd » jamais de temps à consolider.

Phase 0 — Gestion permanente (toute la durée du protocole)

Rappel non négociable (Partie 3.4) : chien attaché près des déclencheurs, itinéraires et horaires calmes, distance créée dès qu'un déclencheur apparaît, zéro poursuite « pour de vrai ». La gestion tourne en arrière‑plan en continu; les phases suivantes sont les moments où, en plus, vous travaillez activement.

Phase 1 — Fondations (voir Partie 4)

Marqueur, focus, regarde‑moi, touch, cherche, demi‑tour, rappel d'urgence, muselière, auto‑contrôle. On continue de les entretenir et de les renforcer, y compris pendant les phases suivantes (5 minutes par‑ci par‑là).

Phase 2 — Créer l'association positive à distance sûre (« open bar / bar fermé »)

C'est le contre‑conditionnement « pur ». Ici, on ne demande rien au chien : on installe simplement, mécaniquement, une nouvelle émotion. C'est du Pavlov, et c'est puissant.
✓ Le principe : À faible dose et à bonne distance (zone verte franche), dès que le déclencheur apparaît, la pluie de friandises commence ; dès qu'il disparaît, elle s'arrête. Le déclencheur prédit la bonne chose. Peu importe, à ce stade, ce que fait le chien : on nourrit tant que le déclencheur est visible.

✓ Comment procéder, pas à pas :
1. Choisissez un poste d'observation où les déclencheurs passent loin et de façon prévisible : un banc à distance d'une piste cyclable ou d'un parcours de jogging, un parking en surplomb d'une route, l'entrée d'un parc. L'idéal : vous voyez venir les déclencheurs de loin, ce qui vous laisse le temps d'agir.

2. Trouvez VOTRE distance de départ : celle où votre chien remarque le déclencheur mais reste totalement en zone verte (souple, mange volontiers, peut vous regarder). Dans le doute, reculez encore : mieux vaut trop loin que trop près. Pour certains bergers, ce sera 30–50 m ; pour d'autres, 100–150 m ou plus.

3. Le déclencheur apparaît (un jogger au loin) → immédiatement, vous commencez à donner des friandises, une après l'autre, de façon continue, d'une voix calme et légère.

4. Le déclencheur disparaît (le jogger s'éloigne, sort du champ) → vous arrêtez net les friandises. Le contraste est essentiel : présence du déclencheur = fête ; absence = rien de spécial.

5. Répétez sur des expositions courtes. Une bonne séance, c'est 5 à 15 « apparitions » gérées, puis on rentre. Terminez toujours sur une réussite, avant fatigue ou saturation.

Ce que vous devez voir apparaître (le fameux « effet Pavlov ») : au fil des répétitions, quand le déclencheur apparaît, votre chien tourne spontanément la tête vers vous en attendant sa friandise, au lieu de se figer sur la cible. C'est LE signe que l'émotion bascule. N'avancez pas tant que vous n'avez pas obtenu cette réaction de façon répétée à votre distance de départ. Ce « regard vers vous » est le pont naturel vers la Phase 3.

Pièges de débutant à éviter : donner la friandise avant l'apparition du déclencheur (l'ordre compte : déclencheur d'abord, nourriture ensuite) ; continuer à nourrir alors que le déclencheur a disparu ; travailler trop près « pour aller plus vite » ; utiliser des récompenses trop banales.

Phase 3 — Apprendre une meilleure réponse : « Regarde ça » et le jeu Engage‑Disengage

La phase précédente a permis de modifier l'émotion du chien vis à vis d'un stimulus (jogger), un fois l'émotion attiédie (Phase 2), on ajoute un comportement : au lieu de simplement subir la friandise, le chien apprend à regarder le déclencheur puis à se retourner vers vous de lui‑même. On combine ici deux méthodes phares du renforcement positif, très complémentaires (le conditionnement classique (CC) et le conditionnement opérant (OC))

3a. Le jeu « Regarde ça » (Look at That, LAT)

Popularisé par Leslie McDevitt dans Control Unleashed, le LAT transforme le déclencheur en indice d'un jeu : « tu vois le vélo ? regarde‑le, puis tourne‑toi vers moi pour ta récompense ». On marque le fait de regarder calmement la cible.
✓  Le déclencheur apparaît (zone verte) → à l'instant où votre chien le regarde calmement, marquez (clic/« oui ») → il se tourne vers vous → récompensez.
✓ Répétez. Très vite, le chien comprend le pattern : « je repère la chose → je me retourne vers mon humain pour être payé ». Regarder la cible et revenir vers vous devient un jeu volontaire au lieu d'un déclenchement de poursuite.

3b. Le jeu Engage‑Disengage

Formalisé par Alice Tong (Karen Pryor Academy), ce jeu structure la progression en deux niveaux. Il est particulièrement adapté aux chiens qui « débordent » vite (fight ou fool‑around), ce qui est fréquent chez le berger frustré/prédateur. Munissez‑vous du clicker, des friandises de haute valeur et du harnais ; révisez d'abord le demi‑tour rapide pour pouvoir vous extraire à tout moment.

Niveau 1 — « Engage » (s'intéresser). But : bâtir l'émotion positive.
1. Placez‑vous à distance sûre, là où le chien ne réagit pas. Restez silencieux et immobile pour qu'il remarque le déclencheur de lui‑même.
2. À l'instant précis où il ENGAGE (il regarde le déclencheur), cliquez.
3. Au clic, il tourne la tête vers vous → donnez la friandise. S'il ne revient pas au clic ou s'il réagit, c'est que vous êtes trop près : éloignez‑vous et reprenez à une distance plus facile.
4. Objectif : réussir 3 à 5 répétitions d'affilée à la même distance (le chien revient vers vous immédiatement après le clic) avant de passer au niveau 2. Si le déclencheur bouge ou change d'intensité, restez au niveau 1 jusqu'à ce que le chien l'ait regardé calmement sous tous les angles.

Niveau 2 — « Disengage » (se détourner tout seul). But : installer le comportement de rechange.
1. Laissez de nouveau le chien remarquer le déclencheur, mais cette fois attendez 1 à 5 secondes pour voir s'il détourne le regard de lui‑même. (S'il fixe plus de 5 secondes, revenez au niveau 1 : c'est trop dur.)
2. À l'instant précis où il SE DÉTOURNE (il détache son regard de la cible), cliquez.
3. Au clic, récompensez. S'il réagit ou ne revient pas, éloignez‑vous pour retrouver une distance facile.
4. Objectif : 3 à 5 réussites d'affilée, puis on se rapproche de 1 à 5 pas seulement. Tant que le déclencheur est immobile/stable, on peut continuer au niveau 2 en se rapprochant ; dès que le déclencheur bouge ou s'intensifie, on repasse au niveau 1 à la nouvelle distance.
Dosage : chaque session de jeu dure 1 à 5 minutes, puis pause. Si le chien est détendu et demandeur, on peut enchaîner un autre court cycle. On termine toujours pendant que ça se passe bien.


LAT ou Engage‑Disengage : lequel choisir ? Ils reposent sur la même logique et se marient très bien. En pratique : commencez par le Niveau 1 (Engage) pour bâtir l'émotion, puis glissez vers le Niveau 2 (Disengage) et le LAT pour installer le « je regarde puis je reviens vers toi » comme réponse automatique. L'objectif final est identique et magnifique : voir un déclencheur devient, pour le chien, le signal de se tourner vers vous.

Phase 4 — Réduire la distance et jouer sur les gradients

Quand votre chien réussit joyeusement le jeu Engage‑Disengage / LAT à votre distance de départ, on augmente la difficulté — très progressivement, un cran à la fois, en s'appuyant sur les gradients de la Partie 2.4.
✓ On rapproche par petits pas (1 à 5 pas), et seulement quand plusieurs séances d'affilée se sont bien passées à la distance actuelle. Si vous voyez la moindre zone orange, vous êtes allé trop vite : reculez et re‑consolidez.
✓ On ne durcit qu'un seul gradient à la fois. Si vous réduisez la distance, gardez tout le reste facile (déclencheur lent, bref, peu fréquent). Vous ajouterez la vitesse plus tard, en ré‑augmentant la distance à ce moment‑là.
✓ On accepte les paliers et les reculs. La progression ressemble à un escalier, pas à une rampe : certains jours, on redescend d'une marche (fatigue, trigger stacking, mauvaise nuit). C'est normal, surtout à un an. Facilitez, ne forcez jamais.

Un repère mental simple, emprunté au travail sur les gradients : « mon chien réussit‑il au moins 8 fois sur 10 à cette difficulté, calmement ? » Si oui, on peut durcir d'un cran. Si non, on facilite.

Phase 5 — Ajouter le mouvement, la vitesse et l'intensité

C'est l'étape la plus délicate pour un chien qui poursuit, car c'est le mouvement rapide qui déclenche la prédation. On l'introduit donc avec un maximum de distance et de contrôle.
✓ Décomposez le mouvement. Idéalement, mettez en scène des déclencheurs « à la demande » avec l'aide de complices (« assistants ») : un ami qui marche, puis trottine, puis court, à grande distance et selon un trajet parallèle (pas droit sur vous), pendant que vous jouez à Engage‑Disengage. Un ami à vélo qui, d'abord, tient son vélo à l'arrêt, puis roule lentement au loin, puis un peu plus vite. Cette mise en scène contrôlée est bien plus sûre que d'attendre le hasard.
✓ Gérez la trajectoire (topographie). Un déclencheur qui passe loin et de côté est bien plus facile qu'un qui fonce vers vous. Commencez par les trajectoires parallèles et lointaines.
✓ Repassez au Niveau 1 (Engage) à chaque nouvelle intensité. Dès que vous ajoutez du mouvement ou de la vitesse, le jeu redevient « difficile » : recommencez par simplement marquer le fait de regarder calmement, puis reconstruisez le désengagement.
✓ Ré‑augmentez la distance quand vous ajoutez de la vitesse, puis rapprochez de nouveau, petit à petit. On alterne ainsi « je rapproche / je ralentis » et « j'accélère / j'éloigne », sans jamais durcir deux paramètres en même temps.

Si vous n'avez pas de complices, exploitez les lieux « à débit maîtrisable » : un banc très en retrait d'une piste cyclable peu fréquentée, un parc à heure creuse. L'essentiel est de choisir vos expositions plutôt que de les subir.

Phase 6 — Offrir un exutoire à la prédation (la pièce maîtresse pour un berger)

Contre‑conditionner l'émotion et apprendre un comportement de rechange, c'est indispensable — mais insuffisant chez un chien à fort besoin de courir si l'on n'offre pas de débouché légal à ce besoin. C'est tout l'apport de la Predation Substitute Training de Simone Mueller : plutôt que de seulement empêcher la chasse, on satisfait le besoin autrement, dans un cadre contrôlé. Le chien a le droit de « chasser avec ses yeux, pas avec ses pattes », puis d'assouvir sa pulsion sur un substitut.
Le principe de Premack en action. La récompense reine, pour un chien qui rêve de poursuivre, c'est l'autorisation de poursuivre quelque chose d'autorisé. On peut donc, après un beau désengagement, offrir comme récompense fonctionnelle : « oui ! → on va jouer ! » et lancer le jeu de poursuite. Le déclencheur devient alors, littéralement, le signal d'un jeu partagé avec vous.

Des jeux qui « rejouent » la séquence de prédation :
✓ Le flirt pole (jouet‑leurre au bout d'une corde) : vous animez le leurre au sol, le chien traque puis poursuit ; vous laissez « attraper » de temps en temps (frustration maîtrisée), puis « tuer » et enfin relâcher sur demande. C'est l'exutoire n°1 de la partie poursuite/capture.
✓ Le lancer contrôlé / « attrape » : on lance une balle ou un boudin, on demande un auto‑contrôle avant le départ (« attends »), on autorise la course, on travaille le rapport et le « lâche ».
✓ Les jeux de reniflement et de traque (chercher une friandise cachée, suivre une piste) : ils nourrissent le début de la séquence (chercher, fixer, traquer), qui est souvent le plus apaisant.
✓ La « mise à mort » et le dépeçage sur un jouet dédié : secouer un jouet, « défaire » une boîte en carton garnie de friandises. Cela boucle la séquence et aide au retour au calme.
✓ Terminer par de la mastication / un tapis de léchage : la mastication et le léchage libèrent des hormones apaisantes et signent la fin de la « chasse ». C'est la descente d'adrénaline.

Comment l'intégrer : proposez ces jeux régulièrement, hors situation (pour vidanger le « réservoir de prédation » — un chien assouvi est moins en quête de cibles) et ponctuellement en récompense d'un excellent désengagement en situation. Petit à petit, votre chien intègre une idée très rentable pour lui : « ce n'est pas en poursuivant le jogger que je cours et que je m'amuse — c'est en revenant vers mon humain. »

Un cadre indispensable : ces jeux se pratiquent avec des règles (départ sur signal, « lâche », retour au calme) pour ne pas simplement « survolter » le chien. Le but n'est pas d'exciter, mais de canaliser puis de ramener au calme. Terminez toujours un jeu de prédation par une phase d'apaisement (reniflement, mastication, léchage).

Phase 7 — Mise en situation réelle, généralisation et protocole d'urgence

Le travail se transfère enfin dans la « vraie vie », toujours en gardant la main.
Généraliser (le chien généralise mal). Ce qui est acquis face à un jogger, à une distance, dans un parc, doit être ré‑entraîné : avec d'autres joggers, d'autres vélos, des trottinettes, des voitures ; dans d'autres lieux ; à d'autres moments. Reprenez chaque nouveau contexte quelques crans plus faciles que votre meilleur niveau (plus de distance, plus court). Vous progresserez de plus en plus vite à chaque nouveau décor.

Le protocole d'urgence (à connaître par coeur). Malgré la gestion, un déclencheur surgira parfois de trop près (un cycliste au coin d'une rue). Votre plan, répété à froid pour qu'il soit réflexe :
1. Demi‑tour d'urgence immédiat, voix enjouée, on s'éloigne — on met de la distance avant que le chien ne bascule.
2. Si le demi‑tour ne suffit pas, « cherche ! » : éparpillez une poignée de friandises au sol pour ancrer la truffe et couper le fil visuel.
3. Ou « touch ! » / rappel d'urgence pour réorienter et remettre en mouvement vers vous.
4. Faites‑vous un rempart : mettez‑vous entre le chien et le déclencheur, servez‑vous d'une voiture garée, d'un arbre, d'un muret.
5. Une fois à l'écart, on récompense, on respire, et on note l'incident (voir Annexe A) sans jamais gronder. Un déclencheur subi n'est pas un échec : c'est une donnée pour mieux gérer demain.

Quand (et si) détacher le chien ? Seulement lorsque le rappel d'urgence est fiable à près de 100 % malgré de vraies distractions, dans des lieux sûrs (pas au bord d'une route), et souvent avec la muselière au début pour la sécurité de tous. Beaucoup de bergers vivront très bien avec une liberté encadrée (longe de 10 m, aires clôturées). Ce n'est pas un échec : c'est de la gestion responsable adaptée à un chien à fort instinct.

Critère pour passer à la suite : votre chien répond au marqueur, vous offre du contact visuel, connaît « cherche », amorce le demi‑tour avec plaisir et revient sur le rappel d'urgence dans un environnement peu distrayant. Vous n'avez pas besoin de la perfection — vous avez besoin de fondations fiables au calme. On ajoutera la difficulté (les déclencheurs) dans la partie suivante.

Partie 6 — Structurer et doser les séances

Structurer et doser les séances

Le contenu ne fait pas tout : la manière dont vous répartissez l'effort décide de la réussite.

✓ Des séances courtes et fréquentes. Mieux vaut 3 mini‑séances de 3–5 minutes dans la journée qu'une longue séance d'une demi‑heure qui épuise et sature le chien. Le cerveau consolide pendant les pauses et le sommeil. Pour le jeu Engage‑Disengage, la règle est explicite : 1 à 5 minutes, puis pause.

✓Toujours finir sur une réussite. Arrêtez avant la fatigue, avant l'erreur, pendant que le chien est encore demandeur. On veut qu'il garde de l'exercice le souvenir « c'était facile et génial ».

✓ Gérer le « budget émotionnel » de la journée. À cause du trigger stacking (Partie 2.5), un chien qui a déjà vécu des expositions subies n'a plus de marge pour une séance. Prévoyez des journées de récupération sans déclencheur, surtout après une grosse séance ou une mauvaise rencontre. Un bon indicateur : si votre chien met du temps à redescendre, s'il est « à cran », dort mal ou refuse ses friandises habituelles, offrez‑lui 24 à 72 h de calme (promenades olfactives tranquilles, jeux à la maison) avant de reprendre.

✓ Un seul objectif par séance. Décidez à l'avance ce que vous travaillez (ex. : « aujourd'hui, Niveau 1 à 60 m sur les vélos ») et tenez‑vous‑y. Ne cumulez pas les nouveautés.

✓ Tenir un journal. Après chaque séance, notez en 30 secondes : lieu, déclencheur, distance de travail, niveau du jeu, réactions du chien (zone verte/orange/rouge), ce qui a marché, ce qu'on ajuste. Ce carnet (Annexe A) est votre boussole : il rend les progrès visibles (essentiels pour votre motivation) et révèle les schémas (« il déborde toujours quand deux vélos passent coup sur coup »). C'est aussi le premier document qu'un professionnel vous demandera.

✓ Se fixer des critères de passage clairs. Avant de durcir, exigez de vous‑même une preuve chiffrée : « au moins 8 réussites calmes sur 10 à ce niveau, sur deux ou trois séances différentes ». Cela vous évite d'avancer trop vite par impatience — l'erreur n°1 des débutants.

Partie 7 — Adapter le protocole à chaque type de déclencheur

Adapter le protocole à chaque déclencheur

Le squelette (gestion → CC à distance → Engage‑Disengage → gradients → mouvement → exutoire) reste le même partout, mais chaque déclencheur a ses spécificités.

✓ Les joggers / coureurs. Ce sont souvent les plus « faciles » à mettre en scène car on peut recruter des complices qui marchent puis trottinent puis courent, à la distance et à la vitesse voulues, sur trajectoire parallèle. Attention au cas particulier du coureur qui vient droit sur le chien ou qui passe très près en surgissant (sentier, coin de rue) : c'est la configuration la plus déclenchante, à réserver à la toute fin. Travaillez d'abord les passages lointains et latéraux.

✓ Les cyclistes et trottinettes. Le mouvement est rapide, silencieux et fluide, très « appelant » pour un prédateur; les roues qui tournent fascinent. Décomposez au maximum :
vélo tenu à l'arrêt → vélo poussé à la main au pas → vélo roulant lentement au loin → un peu plus vite. Les pistes cyclables offrent des déclencheurs prévisibles et réguliers, parfaits pour s'installer à bonne distance. Les trottinettes électriques, silencieuses et rapides, méritent leur propre entraînement (le chien généralise mal du vélo à la trottinette).
✓ Les voitures et motos — priorité absolue à la sécurité. C'est le déclencheur le plus dangereux : une poursuite peut être mortelle et engage lourdement votre responsabilité. Ici, la gestion prime sur tout : le chien est toujours solidement attaché près d'une route, jamais lâché à proximité de la circulation, point final. Le contre‑conditionnement se fait à grande distance d'une route (un talus, un parking en surplomb) où les voitures défilent prévisiblement ; c'est d'ailleurs une source d'entraînement abondante et gratuite. Certains chiens réagissent surtout au bruit (moteur, klaxon, moto) : pensez à travailler aussi le son (à faible volume d'abord). Ne cherchez jamais à « tester » ce déclencheur de près : avec les voitures, on vise un chien neutre et gérable, pas des acrobaties.

✓ Les autres chiens, les animaux, la faune. Si votre chien poursuit aussi chats, écureuils, oiseaux ou congénères, la même mécanique s'applique, avec une vigilance accrue : ne mettez jamais un autre animal en danger ou en stress pour servir de « déclencheur d'entraînement » (règle d'or : si ce n'est pas acceptable pour l'animal‑cible, on ne l'utilise pas). Pour la faune, la Predation Substitute Training (Partie 5, Phase 6) et un rappel d'urgence blindé sont vos meilleurs alliés, en plus d'une gestion stricte (longe en nature, chien sur le chemin).


Célébrez chaque petit progrès et profitez pleinement de ces moments de complicité !

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